Le moi et le Soi : deux façons de se connaître
Un chemin de libération
Un chemin de libération
Dans notre monde occidental, nous parlons beaucoup de « mieux se connaître », de « travailler sur soi », de développer notre confiance, de comprendre nos émotions ou de trouver notre place.
Toutes ces démarches de « développement personnel » ont leur valeur. Mais la philosophie indienne pose une question qui va plus loin :
Dans une émission de France Culture consacrée à la philosophie de l’Inde, le philosophe et indianiste Marc Ballanfat fait une distinction particulièrement éclairante : le développement personnel s’intéresse au « moi », tandis que la spiritualité s’intéresse au « Soi ». Radio France
Le moi, c’est celui que nous connaissons et que nous pouvons chercher à faire évoluer.
C’est notre personnalité, notre histoire, nos habitudes, nos qualités et nos défauts. C’est celui qui dit : « je suis comme ça », « j’aime ceci », « je veux cela ». C’est aussi celui que nous cherchons à réparer, à améliorer, à transformer.
Mais dans la vision yogique, sommes-nous vraiment réductibles à ce personnage ?
Nos pensées changent.
Nos émotions changent.
Notre corps change.
Nos relations changent.
Nos convictions évoluent.
Et même l’image que nous avons de nous-mêmes se transforme au fil du temps.
Alors, qu’est-ce qui demeure ?
C’est là qu’apparaît la notion de Soi, ou Ātman dans la tradition indienne.
Le Soi n’est pas un « moi amélioré ». Il ne correspond pas à une personnalité plus authentique ou à une meilleure version de nous-mêmes. Il désigne ce qui, en nous, n’est pas réductible à tout ce qui change.
Le yoga nous invite ainsi à déplacer notre regard.
Au lieu de chercher uniquement à devenir un meilleur « moi », il nous propose d’observer ce moi : ses pensées, ses émotions, ses réactions, ses identifications.
Je peux observer ma colère : suis-je seulement cette colère ?
Je peux observer mes pensées : suis-je seulement mes pensées ?
Je peux observer mon histoire : suis-je seulement mon histoire ?
Peu à peu, une distance apparaît entre ce que je suis en train de vivre et celui qui en fait l’expérience.
C’est peut-être là que commence une véritable démarche intérieure.
Il ne s’agit plus seulement de se transformer, mais de questionner celui ou celle qui cherche à se transformer.
Le yoga ne nous demande donc pas nécessairement de devenir quelqu’un d’autre.
Il nous invite plutôt à revenir, derrière les rôles, les pensées et les identifications, vers cette présence silencieuse que la tradition appelle le Soi.
Le moi cherche à devenir.
Le Soi nous invite à être.
Le développement personnel intéresse au Moi.
La spiritualité au Soi.
La pratique du yoga consiste précisément à passer progressivement de l’un à l’autre : de la construction de l’identité dans la société, la famille, etc, à la découverte de ce qui, en soi, n’a pas besoin d’être construit.
Si nous nous définissons uniquement par le moi, toute notre vie est dans le conflit, la querelle, la lutte. Je me pose en m’opposant aux autres, à la société, et cela est inévitablement source de souffrance.
Se libérer de la souffrance dans la vision indienne, c’est tourner le dos au Moi. Cesser de s’y mirer. Ce désir de libération ne peut venir que d’autre chose que le Moi, il est nommé le Soi. Le désir de libération vient de Soi.
Le Soi est insaisissable, on ne le perçoit nul part. Invulnérable car rien ne l’entame, sans attache car il ne se lie à rien, étranger à la souffrance, hors d’atteinte.
Extrait de Brihadaranyaka Upanishad IV, traduction de Michel Hulin
Être dans le Soi, c’est reconnaître que l’on ne s’oppose pas au monde, cesser de s’opposer à quoi que ce soit. Se poser sans s’opposer.
La difficulté réside dans le fait que le Moi ne cesse de recouvrir le Soi. La pratique du yoga, et en particulier de la méditation, en ce qu’elle nous permet d’observer ce recouvrement, est un outil puissant de libération.
* largement inspiré des propos de Marc Ballanfat, professeur de philosophie en classes préparatoires aux grandes écoles, traducteur depuis le sanskrit et spécialiste des philosophes de l’Inde ancienne, lors de l’émission de France Culture, Philosophie de l’Inde, une pensée venue du ciel ? du 29 octobre 2019.
Elle s‘est formée d’abord en Inde où elle a vécu 2 années et a découvert la philosophie du yoga, cela a modifié profondément sa vision de l’existence.
De retour en France, elle se forme à un yoga traditionnel dans la lignée Satyananda. Elle s’y est formée au Hatha-Yoga, Kundalini Yoga et Raja Yoga.
Elle a suivi également un enseignement au Yoga du Son auprès de l’Institut des Arts et de la Voix.
Elle poursuit son cheminement avec l‘Ayurveda, science de la Vie, une approche de tous les aspects de l’existence pour vivre en harmonie avec l’environnement et ses aspirations profondes.
Elle se consacre pleinement au yoga et à son enseignement depuis 2014.
Agathe 06 52 58 97 51
agathe@larbre-yoga.fr
